Mai Dhai & Ustad Sattar Jogi

Quand on rencontre Mai Dhai, on est immédiatement happé par son regard, un regard clair, franc, tout à la fois aigu et bienveillant, chargé de toute l’expérience de cette dame de 70 ans, d’apparence frêle mais qui, avec force insistance et sur le tard, s’est enfin octroyée le droit de chanter en public.

Puis,  juste après le premier regard, viennent un chaleureux sourire et une accolade d’accueil toute imprégnée de l’affection pour ses six enfants et sa ribambelle de petits-enfants,  élargie à tous ceux qui franchissent le seuil de sa simple et vivifiante maisonnée.

Enfin, après un long échange de bienvenue, s’élèvent la voix et le rythme : voix du désert, âpre et chaude, puissante, saisissante, se faufilant à travers roches et dunes, trouvant sa résonance dans les propres vibrations indomptées et infinies de l’auditeur ; rythme de la double percussion dhol, abrupt, impératif, captivant.

Voici Mai Dhai, grande dame MarvariManghanhaar, vibrante chanteuse et joueuse de dhol du versant sindhi du désert du Thar. A l’instar de ses cousins Manghanyars du Rajasthan indien beaucoup plus connus en Europe, elle est, elle aussi, descendante de ces fameux musiciens et chanteurs que l’on appelle maintenant « gitans ».  Issus de cette région désertique du sous-continent indien, certains sont allés chercher meilleure fortune vers la Perse, le monde arabe et bien au delà au moment de l’empire abbasside, il y a près d’un millénaire, emmenant avec eux leur intense sens du rythme et de la mélodie qui allait conquérir l’Occident et les rives méditerranéennes dans les siècles qui suivirent. […]

sattarAu groupe familial se rajoutera un de leurs compagnons de scène, aussi établi à Umarkot : le brillant et coloré Ustad Sattar Jogi, maître du murli, l’instrument par excellence des charmeurs de serpents qui arpentent toujours largement de nos jours les chemins du Sindh. Instrument au son rare, conçu à partir d’une calebasse évidée, caisse de résonance sur laquelle sont fixées deux flutes jouées simultanément côte à côte,  le murli est pleinement intégré au répertoire traditionnel sindhi depuis des temps anciens et Sattar Jogi y excelle singulièrement.

Leur répertoire commun comprend des mélodies et des rythmes venant de leur double identité Marvari Manghanhaar et Sindhie. Les chants, interprétés dans ces deux langues évoqueront ainsi la confusion de jeunes filles brisant par mégarde leur cruche à la vue de jeunes et beaux garçons, l’amour tendre d’une mère pour ses enfants, la beauté et la richesse du désert aride et des pluies bienvenues, les peines de la séparation et les joies des retrouvailles…. […]

Texte : Pierre Alain Baud

Dawn, le supplément hebdomadaire du quotidien anglophone de référence au Pakistan en parle.