Farida Parveen

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Qui est donc ce maner manush, cet « Homme de cœur », que nous chante intensément Farida Parveen, héraut de Lalon, le faqir aux cinq mille poèmes ? Est-ce un guide, murshid ou guru ? Est-ce Krishna tant attendu par Radha ? Le prophète Mohammed, messager de Dieu ? L’amant divin, immanent, présent jusqu’au cœur de notre être ? La Déesse mère ?… A chacun de trouver sa réponse, au creuset du chant lumineux de Farida Parveen.

Lalon Shah, le Baúl fou de Dieu, célébré par Tagore et toujours vénéré de nos jours par des myriades de Bengalis, accepte certainement tous les chemins toutes les approches. D’origine hindoue mais tôt recueilli par une famille musulmane dont le maître Faqir Siraj Shain était Baúl, Lalon Shah (1774-1890) adopte et prolonge très tôt l’approche humaniste de ces mystiques errants, à la confluence des traditions hindoues vaishnaves, bouddhistes tantriques et musulmanes soufies : « Pourquoi courir après les mirages ? Pour trouver la paix, cherche donc à l’intérieur de toi ! La paix et la sérénité ne viennent pas d’ailleurs !»

[…]

Les Baúls ne visant guère la reconnaissance terrestre, les compositions du poète avaient été laissées sans harmonisation, ni même souvent transcription, de son vivant et s’étaient depuis lors transmises oralement, de maître à disciple. Croisant ses connaissances musicales, tant populaires que classiques, et son profond entendement des poèmes de Lalon, Farida Parveen a su en tirer un suc musical et vocal qui vibre au plus profond de l’âme bengalie, alliant humanité au quotidien et spiritualité aux horizons infinis… Fierté d’une diaspora bangladaise disséminée de par le monde, elle est aussi devenue messagère privilégiée de la culture de son pays, la représentant, du Pakistan à l’Allemagne ou au Japon.. ou encore au Théâtre de la Ville de Paris où, en Janvier 2006, elle a su charmer son auditoire lors d’un concert chargé d’émotions. Pour consacrer cette grande Dame des chants de Lalon, en septembre 2008, lors de la remise des prestigieux Prix Fukuoka de la Culture Asiatique au Japon, Farida Parveen a été récompensée par un prix « Art et Culture ». C’est l’une des rarissimes artistes du continent indien à avoir obtenu un tel prix, et la première de Bangladesh à le recevoir après une poignée de stars comme Ravi Shankar ou Nusrat Fateh Ali Khan.

La flûte de bambou bansi d’Abdul Gazi Hakim, fidèle accompagnant de Farida Parveen, lui aussi rompu à l’alliance entre les traditions musicales classiques et populaires de son Bangladesh natal, prolonge le voyage musical par ses longues coulées de notes qui emportent au loin nos rêveries… Mais le groupe ne serait fort incomplet si nous ne mentionnions pas les contributions essentielles de Md. Delwar Hossain au dotara, Debendranath Chatterjee et ses délicats tablas et le vigoureux ASM Reza Babu au dhol.
Avec un telle alliance de talents et d’engagements, l’homme de cœur de Lalon, ne peut que s’immiscer lors du concert…

[Texte par Pierre-Alain Baud]


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Albums:

Bangladesh-FaridaParveen

Parution le 26/07/2017 chez Ocora – Radio France

• Khachar Vitor Ochin Pakhi • Kishoree Bou • Milon Hobe Koto Dine • Nindar Kata • Pap Punner Kotha • Shomoi Gele Shodhan Hobena • Tomra Vule Gacho •


Prix et récompenses:

• Fukuoka Asian Culture Prize (2008) • Ekushey Padak (1987) • Bangladesh National Film Award for Best Female Playback Singer (1993) •