Le Derviche – Semazen

TOPSHOTS TOPSHOTS__Whirling dervishes perform at the Galata Mevlevihane (The Lodge of the Dervishes) in Istanbul on December 18, 2013. The dervishes are adepts of Sufism, a mystical form of Islam that preaches tolerance and a search for understanding. Those who whirl, like planets around the sun, turn dance into a form of prayer. AFP PHOTO/GURCAN OZTURKGURCAN OZTURK/AFP/Getty Images

La sema

Les étapes rituelles et les significations de la sema sont très anciennes et les danseurs les ont méticuleusement apprises et pratiquées. Le spectateur se demande bien comment on peut tourner ainsi sans s’étourdir complètement.

Cette danse rituelle est attribuée à Mevlana lui‐même. Selon la légende, il commença à tourner dans un état d’extase en répétant le nom de Dieu, Allah. Cette danse giratoire fut reprise par ses disciples chaque jeudi soir, ils se réunissaient au tekke couvent jouxtant la tombe de Mevlana et dansaient la sema. Celle‐ci doit rapprocher de Dieu, la rotation symbolise la rotation des planètes et des étoiles. Les danseurs tournent en harmonie avec le cosmos pour se sentir plus près de Dieu, pour perdre leur unité en faveur d’une communion divine avant de redevenir humains.
Le derviche ou semazen (danseur de sema) porte un costume traditionnel se composant d’un chapeau représentant la pierre tombale de son ego, d’une longue robe blanche (couleur du deuil de son ego) et d’un manteau noir représentant la tombe. Avant de commencer à danser, le derviche tient ses bras croisés sur sa poitrine en témoignage de l’unité divine. Ensuite, il se lève et la sema débute par le “Nat‐i‐Serif” dans lequel on prie le prophète Mahomet et à travers lui Dieu et tous les prophètes qui l’ont précédé.

Durant cette première étape, l’orchestre joue un morceau de flûte évoquant l’expression d’un message divin. Puis commencent les préludes à la danse où les danseurs se saluent et marchent en rond autour de la salle jusqu’à l’accomplissement de trois tours complets : chaque fois qu’un danseur passe devant l’axe où le maître est installé, il salue. C’est le salut d’une âme à une autre âme cachée derrière un corps et des formes. Cette partie de la cérémonie est appelée la marche du sultan Veled, fils de Mevlana.

Après les salutations, la sema rituelle peut commencer. Le danseur enlève son manteau noir, il est alors spirituellement né à la vérité, quittant ainsi la tombe pour tourner autour de Dieu. Seul le maître et le Semazenbasi (maître de la danse) gardent leurs manteaux. Le danseur ouvre alors ses bras, la main droite tournée vers le ciel pour recevoir l’énergie divine que sa main gauche renverra vers la Terre. Le mouvement giratoire de droite à gauche est centré autour du cœur. La première période du rituel signifie que l’homme se soumet à Dieu, son créateur. La deuxième, par le rythme et l’enchaînement de la musique crée un sentiment d’étonnement et de questionnement sur Dieu. La troisième représente l’amour divin auquel cet étonnement a donné naissance, et la quatrième conduit le danseur à un état de paisible acceptation face à sa destinée humaine. La danse prend alors fin par une lecture du Coran (kuran‐i Kerim), sourate Bakara2 : 115 “L’est et l’ouest appartiennent à Allah. Quelle que soit ta route, tu rencontres Allah. Il est omniprésent et tout puissant”. Après la lecture de la Fatiha (prière) pour les âmes des prophètes et des croyants, la cérémonie prend fin.

Toute la cérémonie est présidée par le Seyh, maître qui est assis sur une peau de mouton rouge en l’honneur de “Sems‐i Tabriz” (soleil de Tabriz) le maître spirituel de Mevlana. C’est lui qui guide les danseurs et qui reçoit leurs saluts. Le “maître de la danse” qui a entraîné les danseurs se tient à l’écart et marche parmi les derviches pour s’assurer que chacun est à sa place. C’est lui qui détermine la trajectoire des danseurs. Il est fascinant de les voir tourner. Ils ne rompent jamais leur rythme et paraissent tourner jusqu’à l’éternité

La cérémonie des Derviches

Le déroulement du rituel

Konya2La cérémonie du Sema (giration des derviches sur eux‐mêmes) se tient dans un lieu appelé Sema‐hané. Le Sema‐hané ressemble à un cercle qui délimite et entoure les mondes physique et spirituel. La peau de mouton rouge qui se trouve au Sema‐hané représente l’autorité morale et spirituelle. C’est le ‘’Seyh Postu’’ , c’est à dire la peau de mouton appartenant au doyen des Derviches. La couleur rouge est la couleur de ce qui se manifeste. Elle est le symbole de la maturité, de la perfection, et du Califat. La personne qui siège à cette place représente ‘’Hazret‐i Mevlana ‘’(Sa Sainteté Mevlana Djelal‐ed dinn Roumy, fondateur de l’ordre, de la confrérie des Derviches Tourneurs). Au Sema’‐hané, du bout de la peau de mouton au milieu de la porte d’entrée est tracé une ligne imaginaire que l’on appelle ‘’équateur’’ et sur laquelle on ne marche jamais. L’endroit occupé par les instrumentistes ou l’orchestre s’appelle Mutrib (Moutrib) ; le groupe s’appelle Mutriban (orchestre).

Le ‘’Ney’’ (la flûte), le ‘’Kudum’’(tambourin) et les ‘’Halilé’’s (cymbales) sont les instruments essentiels de l’orchestre Mevlevi. On y trouve aussi le ‘’Rebab’’ (sorte de violon, généralement à trois cordes), le ‘’Kanun’’ (sorte de psaltérion oriental, de tympanon), et le ‘’Daire’’ (da‐i‐ré), genre de tambour basque servant à battre la mesure. Les ayin‐hans ou les chantres qui psalmodient les hymnes de la célébration du culte, font partie du Mutrib (de l’orchestre).

Les Derviches Mevlevi (qui appartiennent à l’ordre, à la fraternité fondé par Mevlana Djelal‐ed‐dinn Roumy) sont appelés des ‘’Can’’ (Djann qui veut dire ‘’âme’’, ‘’ ami ‘’, ou ‘’disciple’’) Les Djanns qui exécutent le Sema, sont appelés ‘’Sema’zen ‘‘.

Les Djanns qui entrent dans le Sema’‐hané, un à un, s’arrêtent devant l’emblème de l’autorité spirituelle, mettent les mains sur la poitrine, posent le gros orteil du pied droit sur celui du gauche, et s’inclinent à partir de la taille. Ils saluent ainsi l’emblème, et puis prennent leur place. Plus une place est proche de l’emblème de l’autorité spirituelle (la peau de mouton), plus elle a de la préséance. Le Semazenbasi (semazenbashi, Le chef des Sema’zen) se tient le plus près du ‘’Seyh Postu’’, de l’emblème et lui seul passe les bras dans les manches de son ‘’hirka’’ ou manteau.

Les manteaux de cérémonie des ‘’ Sema’zen sont sur leurs épaules, et leurs manches pendent des côtés. La cérémonie débute par l’entrée au ‘’Sema’‐hané’’ des Sema’zen suivis par l’arrivée du ‘’Seyh Efendi’’ (cheyh‐Effendi), le Doyen. Lequel, après avoir lancé un regard rempli d’humilité, incline la tête de la même façon qu’eux et implore Dieu. Le Cheyh‐Effendi rejoint sa place et s’assied, après avoir déposé un baiser à l’endroit où il va se prosterner pendant les prières. Les ‘’Sema’zen en font autant. Cette position assise, avant l’exercice du Sema, n’est pas une position de repos ordinaire. Les Djanns sont assis, remplis de l’amour de dieu, dans l’espérance de sa miséricorde et de sa bonté infinie, tout en tremblant devant sa gloire, sa majesté, sa grandeur et sa perfection. Ce tableau est appelé ‘’Arz içinde Kemal’’ (Perfection dans l’humilité).

La cérémonie du ‘’Sema’’ continue par la lecture des Louanges Sacrées au Prophète. Elles sont récitées debout et en cadence : Na’t‐i Serif (natt‐ i‐Cheriff), Louanges Sacrées pour le Prophète Mahomet. Dans ces louanges, Mevlana s’adresse au Prophète Mustapha Mahomet, le Bien‐aimé de Dieu : « O Bien‐aimé de Dieu, tu es le Prophète, l’envoyé du Créateur Unique et Incomparable. Tu es celui qui a été choisi par Lui, parmi toutes ses créatures. C’est toi qui es l’unique et le plus pur » etc..

La cérémonie du ‘’Sema’’ continue par la lecture des Louanges Sacrées au Prophète. Elles sont récitées debout et en cadence : Na’t‐i Serif (natt‐i‐Cheriff), Louanges Sacrées pour le Prophète Mahomet. Dans ces louanges, Mevlana s’adresse au Prophète Mustapha Mahomet, le Bien‐aimé de Dieu : « O Bien‐aimé de Dieu, tu es le Prophète, l’envoyé du Créateur Unique et Incomparable. Tu es celui qui a été choisi par Lui, parmi toutes ses créatures. C’est toi qui es l’unique et le plus pur » etc..

  1. Le son du ‘’Kudum’’ (tambourin) : Les louanges terminées, le ‘’Kudumzenbasi’’ (joueur de tambourin) frappe quelques coups. Ce signal est le commandement du Très Haut.
  2. Le ‘’Ney Taksimi’’ (Mélodie improvisée sur la flûte de roseau, le Ney). Suite au signal donné par le tambourin, le ‘’Neyzenbasi’’ (joueur de Ney) commence son improvisation. Cette improvisation insuffle dans les âmes une soumission divine, ainsi que les bénédictions mahométanes empruntées des Louanges Sacrées. En sa plus simple expression le son du ‘’Ney’’ est le Souffle Divin qui donne la Vie.
  3. Devr‐i Veledi (circonvolutions du Sultan Velid) : Alors que le ‘’Ney Taksimi ‘’ s’achève dans une atmosphère spirituelle, le ‘’ kudumzen’’ donne un coup au tambourin droit. Sur ce signal, le Cheikh et les Sema’zen frappent vigoureusement le sol, et se relèvent d’un seul coup, en disant ‘’Allah’’. Ce coup vigoureux s’appelle ‘’Darb‐i Celali ‘’ ou Coup Majestueux. Entre temps, les instruments ont entamé le prélude qui donne la cadence du ‘’ Devr‐i Kebir ‘’ (Circonvolution Glorieuse). Seuls les ‘’Neyzen’’, les joueurs de flûte, sont debout. Le Doyen en tête, les ‘’ Sema’zen’’, les uns derrière les autres, se mettent à marcher lentement, en cadence, en répétant ‘’Allah’’, Allah’’, ‘’Allah’’. Lorsque deux Semazen viennent face à face devant l’emblème de l’autorité spirituelle, ils se regardent un moment dans les yeux, portent leur main droite sur leur cœur, et un pied sur l’autre, se saluent en inclinant la tête. Cette circonvolution répétée trois fois est le salut que se donnent les ‘’âmes’’ qui sont cachées dans les enveloppes corporelles.
  4. Le rite du ‘’Sema’’ et les Saluts : Le rite du ‘’ Sema’’ représente l’Ascension des ‘’Djanns’’, dans leur voyage spirituel. Il exprime l’orientation des djanns vers la vérité, l’abandon total de leur attachement, en se fondant en Dieu. Etant arrivé à la perfection, ils retournent à leur état de créatures de Dieu pour servir et aimer leurs semblables.

a. Premier Salut : Dans la suite du rite, les ‘’Sema’zen’’ attrapent leur manteau par le col, le posent à terre gracieusement, puis se croisent les bras de

façon à ce que le bras droit soit au‐dessus et que le bout des doigts des deux mains touchent leurs épaules. On ne voit sur eux que leur ’’Tennure’’ (leur jupe) et leur ‘’Deste‐gul’’(chemise) Ce costume représente le dépouillement de l’être s’en remettant à l’amour de Dieu.

L’abandon de son manteau symbolise sa renaissance spirituelle en la vérité. Le Cheyh Effendi (le Doyen) suivi des Sema’zen, salue devant l’emblème en prononçant à voix basse la phrase suivante :

‘’Tournez autour de votre véritable nature, suivez votre vocation, et obéissez aux commandements de Dieu.‘’

Le Semazenbasi (Le Cheyh des Sema’zen) qui a les bras passés dans les manches de son manteau, s’avance au devant du Doyen, le salue et lui baise la main. Ce dernier se penche et baise le ‘’sikke’’ (le bonnet) du Semazenbasi. Les Sema’zen viennent un à un, implorent le Cheyh Effendi, lui baisent la main et se mettent à exécuter le Sema à l’endroit indiqué par le Semazenbasi. Le Sema’zen qui entame le Sema, décroise ses bras et les porte à ses côtés. Comme s’il ouvrait des ailes pour s’envoler, il lève les bras lentement jusqu’au niveau de la tête. La main droite est ouverte vers le ciel comme si elle priait, prête à recevoir la bénédiction et la grâce divines ; sa main gauche, tournée vers le sol, pend vers le bas, pour donner au peuple qu’il regarde de l’œil du juste (de Dieu) les dons spirituels, les grâces, la bénédiction accordés par Dieu.

La tête du Sema’zen est penchée à droite, la face tournée vers le bras gauche. Ses yeux, tournés vers son cœur, se ferment ou presque. Le Sema’zen, en répétant ‘’Allah, Allah, Allah’’ en son cœur, commence à tourner et sa Tennure (sa jupe) s’enfle. En commençant chaque tour ou giration, le Sema’zen, prononce en lui‐ même, la première syllabe ‘’Al’’ ; lorsqu’il met le pied à terre après avoir complété le tour il prononce la seconde et dernière syllabe ‘’lah’’, complétant ainsi le mot ‘’Allah’’. Les larmes lui coulent des yeux, inconsciemment, en silence. Sa jouissance et son plaisir n’ont pas de borne ; son cœur bat avec le nom de Dieu, son pied avance au nom de Dieu, la voix qu’il entend vient de Lui.

Après que le dernier des Sema’zen a commencé à tourner, le Doyen se retire vers l’arrière de l’emblème, incline la tête et reste debout. Le Sema’zenbachi, salue le Chey Effendi et se met à circuler entre les Sema’zen pour assurer l’ordre du sema (des girations). Son mouvement axial symbolise le désir de devenir l’instrument de Dieu, de se dévouer à la lumière de Sa manifestation. A ce moment les Sema’zens s’arrêtent de tourner, et pour ne pas tomber, forment des groupes de deux à trois personnes, en s’appuyant les uns contre les autres, et de nouveau croisent les bras sur leur poitrine puis prennent une position d’imploration et de prière. Le premier Salut est ainsi terminé. 9 Dans le premier Salut, les Djann naissent en la vérité, perçoivent le Très Haut, et reconnaissent leur état de créatures de Dieu.

b. Le
 Second
 Salut : Le Cheyh Effendi, en entamant le second salut, fait cette imploration en lui‐même :
‘’O, vous qui tournez dans le cercle de l’amour, de l’affection et de l’amitié, qu’Allah (que Dieu) soit avec vous qu’il vous porte, vous, vos perceptions, vos intentions et vos desseins au point du commencement de la création.’’
La cérémonie du Premier Salut est répétée à nouveau.

Le Second Salut est l’émerveillement de l’homme face à la puissance d’Allah, contemplant la
grandeur de la création.

c. Troisième Salut : L’imploration La prière que fait le Cheyh Effendi en commençant le Troisième Salut est comme suit : ‘’O vous qui marchez dans le chemin de l’amitié et de l’amour, qu’Allah soit avec vous. Qu’il soulève le rideau de vos yeux de Djann afin que vous puissiez découvrir la magnificence divine’’. Le Troisième Salut qui est la partie la plus longue de la Cérémonie du Sema, représente la raison sacrifiée au profit de l’amour. C’est l’abandon de soi, la soumission, la résignation complète et totale. C’est la joie, l’extase de l’union, de la fusion avec Dieu et en Dieu ; c’est l’union dans le véritable amour.

d. Quatrième Salut : Le dernier Salut commence avec la prière que fait silencieusement le Cheyh Effendi : ‘’O vous qui aimez et qui sont fidèles, que la manifestation et saint Nom d’Allah soient avec vous. Votre temps est accompli, vos âmes se sont purifiées. Allah vous a mené à la véritable certitude’’.

Lorsque au quatrième Salut, tous les Sema’zen sont entrés dans le Sema, le Cheyh Effendi, s’avance, implore, prie et rentre aussi dans le Sema. Il s’avance jusqu’au milieu du Sema’hané et là devine le pivot, l’axe du Sema. Seul le Cheyh Effendi n’étend pas les bras et pour que sa jupe ne s’enfle pas, avec sa main gauche il porte le coté droit de son manteau par‐dessus, contrôlant ainsi la partie qui descend de la taille, alors qu’avec sa main droite il tient le coté gauche. La partie chantée de la cérémonie terminée, les instrumentistes attaquent le dernier ‘’pesrev’’ (péch‐rève) ou prélude ‘’ fortissimo’’, sur la mesure du ‘’duyek’’ (deux, un) et c’est à ce moment que commence le ‘’yuruk semai’’ où le Neyzenbasi joue la dernière partition. On n’entend plus que le son de la flûte et le pas rythmé des Semazen qui continuent à tourner sur un mouvement axial. Cette dernière partie musicale continue jusqu’à ce que le Cheyh Effendi arrive devant l’emblème.

Le Quatrième Salut, exprime ce qui suit : le djann a complété son voyage spirituel, son Ascension, et, approuvé par Dieu avec sa raison, son intelligence, son amour, ses sentiments et toutes ses facultés, il est le serviteur d’Allah, du Coran, du Prophète et de toutes les créatures.

Le djann est à présent conscient d’être arrivé au stade de la certitude divine et des principes de la foi, il s’est purifié, et a compris le secret de la mort. Maître d’une âme qui peut dominer ses passions, il est dans la joie spirituelle d’avoir la faveur d’être cité par Dieu : ‘’O âme qui est arrivée à la certitude, toi qui as été agréé par ma justice, va et rentre parmi mes créatures’’.

Arrivé devant l’emblème, le Cheyh Effendi sort du Sema, baise le sol et s’assied à sa place. Entre temps un des ayin‐hans du Mutriban, après avoir invoqué le nom de Dieu par la formule ‘’Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux’’ fait lecture de dix versets du Coran. Après la lecture du Coran, une prière est dite suivie de la lecture d’une Fatiha. Le Cheyh Effendi ainsi que les Sema’zen se prosternent, se lèvent et récitent le ‘’Gul‐bang’’ qui est l’oraison finale.

Enfin, le Cheyh Effendi et tous les djann inclinent la tête et à haute voix invoquent le nom de Dieu ‘’Huuuuuu’’.

La musique sacrée de l’école Soufi

La pensée du croyant qui aspire à ne faire qu’un avec Dieu est celle du Soufisme, versant ascétique, ésotérique et mystique de l’Islam. Le créateur de cette école de pensée est l’auteur du “Mesnevi” recueil de poésies imprégnées de philosophie, Celalleddin Rumi dit Mevlana. Il naquit en 1207 dans le Khorassan et, fuyant les invasions mongoles, s’installa avec sa famille en Anatolie sous la protection Seldjoukide. Il vécut à Konya jusqu’à sa mort, en 1273. Cette ville est encore le berceau de la Confrérie Mevlevi des Derviches Tourneurs.

Pour les Mevlevi, l’essence de vie de l’homme est la quête de soi à laquelle ce dernier doit aspirer afin de se trouver lui‐même par l’amour et l’extase. Par le verbe et les noms, il faut appeler et chercher Dieu. Les objets n’existent pas dans la réalité, c’est Dieu qui exprime son existence à travers la matérialité des objets. Cette musique est un appel à Dieu et c’est elle qui permet aux Derviches Tourneurs de rechercher par leurs danses cette transe qui va les conduire à trouver Dieu.

La vie de Mevlana Celalettin Rumi

800px-Meeting_of_Jalal_al-Din_Rumi_and_Molla_Shams_al-DinLe père de Mevlana était Bahaddin Ved. Hüseyin B. Habiti, il naquit à Balkh (actuellement en Afghanistan) en 1207. A l’époque, Balkh appartenait au domaine du Shah de Khawarizm, qui s’étendait des montagnes de l’Oural, sur le chemin du golfe persique à l’Indus, à l’Euphrate. On dit qu’un jour Bahaddin, qui était professeur mais aussi un éminent théologien, se mit en colère contre le peuple de Balkh et le Shah Khawarizm et que, malgré leurs prières, il quitta la ville alors que celle‐ci était menacée par l’arrivée d’une horde mongole conduite par Genghis Khan.

Il semble que Bahaddin et sont fils alors âgé de 12 ans, se soient rendus en pèlerinage à la Mecque, et qu ‘ensuite ils aient voyagé à Damas, en Anatolie, pour finalement arriver à Konya. Le sultan de Konya, Aladdin Keykubad, lui porta un grand intérêt et le respecta. Selon les sources, Bahaddin mourut en 1228 ou en 1230. Son fils prit sa place et outrepassa en très peu de temps la réputation du père. A la mort de ce dernier, d’anciens élèves de Balkh se rendirent à Konya et fondèrent sous la tutelle de Mevlana un monde mystique.

Mais le grand tournant de la vie de Mevlana fut sa rencontre en 1244 avec Sams‐i Tabriz. Celui‐ci le mena très loin dans l’étude des sciences externes lui permettant de se consacrer entièrement au mysticisme. Il disait de Sams‐i Tabriz qu’il recherchait l’image parfaite de l’amour divin. Ils devinrent inséparables jusqu’à ce que les élèves de Mevlana devenant intensément jaloux, chassent Sams‐i Tabriz au loin. Ce dernier se rendit à Damas mais Mevlana fut tellement attristé qu’il envoya son propre fils chercher Sams‐i Tabriz. Or, durant l’année 1247, Sams‐i Tabriz disparut soudainement sans que personne ne puisse dire où il était. Certains ont bien sûr pensé qu’il avait été assassiné par ceux qui étaient jaloux de son influence sur Mevlana.

Après la mort de Zarkub, un autre étudiant attira son attention, c’était Hasameddin Celebi qui succéda à Mevlana lors de sa mort en 1273 ; Le fils de Mevlana, le Sultan Veled succéda à Celebi quand ce dernier mourut en 1284. Le docteur Hasan Hüçük dans son œuvre, Tarikatlari, décrivait Mevlana comme étant le seyh (grand maître) mystique dont l’idée dominante était pénétrée, dominée et influencée par une religion et un monde de capacité supérieure et de nature extraordinaire, et comme une personne dont les valeurs ne se basent pas uniquement sur le monde islamique mais aussi sur l’ensemble de l’humanité en tant que guide spirituel.

Les œuvres littéraires de Mevlana qui ont été traduites essentiellement en persan par Hüsanmeddin Celebi sont nombreuses. L’ensemble des poésies qui a été appelé le Diöna‐a Sams‐i Tabriz contient à peur près 2 500 odes mystiques. Sans oublier sa célèbre Mesnevi qui se constitue de 6 volumes contenant à peu près 25 000 couples en rime et le Rub’iyat de 15 600 quatrains. Le Mesnevi rassemble principalement les pensées de Mevlana sur Dieu et les portées de ses idées sur le Panthéon qu’il associe avec soufisme.

Les autres œuvres, le divan et le Ruba‐iyat ont un caractère plus personnel et émotionnel. Néanmoins, elles sont proches de Mesnevi par l’usage similaire des images, 12 spécialement lors des descriptions des scènes de la vie familiale et dans le style. Un des principaux thèmes de la vie de Mevlana porte sur ses disciples, Hüsameddin Celebi ou Hüsameddin Hasah Ibn Muahmmed Ibn Hasan Ibn Ahi Türk. Hüsameddin fur la principale source d’inspiration de Mevlana. Son nom fut associé à Mesnevi que Mevlana associa à l’œuvre de Husam. Il se décrivit lui‐même comme une flûte sur le bord des lèvres de Husam.

Les instruments

  • Tanbur : Le tanbur est l’instrument classique par excellence. Si dans les temps anciens, il a été pratiqué dans tous les pays du Moyen orient seul les turcs en ont conservé l’usage. Luth à petite caisse ronde, possède un manche long et étroit à ligatures. La longueur exceptionnelle du manche (un mètre) et la précision avec laquelle les ligatures doivent être placées l’ont fait considérer comme instrument de référence permettant de déterminer la hauteur des degrés consécutifs.
  • Kementche : Petite vièle très particulière avec des cordes en boyau que l’on touche avec les ongles de la main gauche (et non pas avec les bouts du doigt) pour choisir les notes. L’archet est tenu de la main droite.
  • Kanoun: Cithare trapézoïdale à 72 cordes groupées par trois. Les 2’4 sons ainsi obtenus peuvent être modifiés par de nombreux clapets métalliques fixés sur la manche gauche de l’instrument de façon à obtenir une grande variété d’échelles afin de jouer les intervalles particuliers aux différents makams.
  • Ney : Flûte oblique en roseau comportant 7 trous. L’embouchure en ivoire ou en corne en forme de cône tronqué et biseauté à la ^partie supérieure. Instrument privilégié des

 derviches Mevlevi.
  • Oud : Luth à manche courte et large sans frettes, à caisse

piriforme. Les turcs n’ont pas

adopté le oud à ligatures. en usages dans certains pays

du Moyen‐Orient. Dix de ses onze cordes

 sont couplés deux à deux.
  • Bendir : Tambour sur cadre, avant l’islam les chamans s’en servaient déjà pour chasser les mauvais esprits. Les soufis l’ont conservé pour accompagner leurs cérémonies du Zikr, fondées sur la répétition du nom d’Allah.
  • Kudum : Timbales de diverses dimensions dont la peau tendue est faite de cuir bouilli.
  • Zil (cymbales) : Grandes cymbales turques ; elles étaient utilisées dans la musique militaire des janissaires et se sont répandues en Europe vers la fin du 17ème siècle.